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« The May '04 email interview with Enter Stage Right | Main | Reviewing the Reviews (Christian Science Monitor) »
9:55AM

Take 2 on Enter Stage Right interview: this time in French

"Un futur qui vaut la peine d'Ítre crÈÈ : interview du docteur Thomas Barnett" (CheckPoint), posted 8 ao˚t 2004 @ http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Index.html.

This is the exact same text, just in French. I include it here simply because I like to capture such things for the record, plus it gives people who come to the site from other countries a chance to check the ideas and me out in a language more familiar to them. So sue me! I'm trying to be multilateral here!

Here's the full text, followed by a brief comment:


Un futur qui vaut la peine d'Ítre crÈÈ :
interview du docteur Thomas Barnett


8 ao˚t 2004


e docteur Thomas P. M. Barnett a connu une brusque publicitÈ en mars 2003 avec la parution díun article controversÈ dans le magazine Esquire. TitrÈ La nouvelle carte du Pentagone, líessai de Barnett affirmait que les Etats-Unis devaient cesser de penser le monde dans les termes de la guerre froide, et adopter de nouvelles rËgles militaires, politiques et Èconomiques pour faire face ‡ la nouvelle rÈalitÈ.

Líargument central de Barnett consiste ‡ dire que la globalisation est la clef de la paix et que les Etats-Unis doivent utiliser toute leur puissance pour líÈtendre aux pays dÈconnectÈs de ces deux tiers du monde qui jouissent díune plus grande libertÈ Èconomique.


´. . . Tous les grands problËmes, comme la guerre entre les grandes puissances, ont ÈtÈ rÈsolus. Nous devons ‡ prÈsent passer ‡ la violence subnationale et au terrorisme transnational. ª

Sans surprise, la thËse de Barnett a provoquÈ le dÈbat aussi bien ‡ gauche qu'‡ droite. Elle a Ègalement donnÈ lieu ‡ la publication de The Pentagon's New Map: War and Peace in the Twenty-First Century, en mai dernier, une version Èlargie sous forme de livre de cet essai.

Vous avez commencÈ votre carriËre par une spÈcialisation dans les affaires soviÈtiques. Quel Ètait votre sentiment ‡ la fin des annÈes 80, lorsque vous saviez que votre carriËre Ètait menacÈe avant díavoir rÈellement commencÈ ?

En fait, cíÈtait un Ènorme soulagement. Passer un doctorat revient ‡ síengager dans une recherche trËs spÈcialisÈe pendant plusieurs annÈes. CíÈtait un grand rite de passage qui mía beaucoup appris, mais qui mía Ègalement convaincu que je níÈtais pas un artiste de la recherche vouÈ ‡ demeurer dans un sujet trËs Ètroit ñ comme les relations entre líEurope de líEst et le Tiers Monde. De sorte que quand le mur est tombÈ, je me sentais Ègalement libÈrÈ. Je savais simplement que je me trouvais au point díorigine pour tout ce qui suivrait. Les seules questions Ètaient celles-ci : quel Ètait le futur global que nous Ètions en train de contempler ? Et quel rÙle allais-je jouer en essayant díaider le gouvernement amÈricain ‡ síadapter ‡ ce nouvel environnement ?

Comment avez-vous fait la transition díune concentration sur líUnion soviÈtique au monde dans son entier ?

La planification militaire amÈricaine Ètait devenue tellement isolÈe et simple, en raison de la menace permanente de la TroisiËme guerre mondiale, que je savais instinctivement, pour parvenir ainsi dire ‡ ouvrir mes ailes, nÈcessaire díaller au-del‡ de ce paradigme et díexplorer les relations existant entre la guerre et la paix, entre le conflit et la stabilitÈ, ou entre la sÈcuritÈ nationale et líÈconomie globale. Jíai donc beaucoup travaillÈ sur la stratÈgie navale, parce que le dÈbut des annÈes 90 a donnÈ lieu ‡ une grande rÈflexion ‡ ce sujet. Puis jíai migrÈ vers líaide extÈrieure, en Ètant plusieurs mois durant consultant auprËs de líAgence des Etats-Unis pour le DÈveloppement International (USAID). Mais le grand pas, pour moi, a ÈtÈ de quitter la scËne des think tanks de Washington afin de forger un partenariat de recherche unique entre Wall Street et le CollËge de Guerre Navale ‡ Rhodes Island, avec pour prioritÈ la maniËre avec laquelle la globalisation altÈrait les dÈfinitions amÈricaines de la sÈcuritÈ nationale et internationale.

Je sais que cíest difficile, mais dites-nous en quelques mots : quels sont vos arguments dans votre livre, The Pentagon's New Map?

Ce livre níest rien moins quíune tentative de dÈfinir une succession ‡ la stratÈgie de líendiguement datant de la guerre froide, et donc de diagnostiquer la source exacte de la violence massive et du terrorisme au sein de la communautÈ globale afin de faciliter leur endiguement par des moyens militaires et diplomatiques, et finalement leur Èradication par une intÈgration Èconomique et sociale. Gagner cette guerre globale contre le terrorisme exige de rendre la globalisation vraiment globale et, de la sorte, Èliminer la dÈconnexion qui dÈfinit le danger ‡ notre Ëre. En inscrivant la guerre contre le terrorisme dans le grand processus historique de globalisation et en la liant explicitement ‡ son expansion continue, je cherche ‡ changer líhabitude de líAmÈrique ‡ mener une guerre uniquement dans son contexte et de líamener ‡ penser, ‡ prÈparer et ‡ faire la guerre dans un autre contexte.

RÈtrospectivement, votre division du monde en deux camps principaux, avec díune part le Centre efficient des nations qui sont Èconomiquement dÈveloppÈes, politiquement stables et intÈgrÈes ‡ líÈconomie globale, et díautre part le Vide, o˘ se trouvent ceux qui sont dÈconnectÈs du Centre, devrait aller de soi pour de nombreuses personnes. Pourquoi, díaprËs vous, la plupart díentre nous sont toujours restÈs ‡ líÈpoque de la guerre froide et pensent ‡ des chocs de cultures et díidÈologies qui mËnent ‡ des guerres que vous appelez la Big One ?

Le DÈpartement de la DÈfense a ÈtÈ crÈÈ en 1947 autour du principe unique et fondateur de la guerre entre grandes puissances, parce que cíest ce que nous connaissions et ce que nous avions prÈvu pour les annÈes ‡ venir. En rÈalitÈ, les armes nuclÈaires ont tuÈ les guerres de ce type, et aucune grande puissance níest entrÈe en guerre avec une autre depuis leur invention. Mais jusquí‡ ce que le bloc soviÈtique síeffondre, nous avons d˚ honorer ce principe fondateur, car notre dissuasion visait ‡ prÈvenir la Big One dans toute son ampleur. Comme le Pentagone a vÈcu tant díannÈes dans cet Ètat díesprit, ils ont naturellement cherchÈ quelquíun pour remplacer les Soviets dans líaprËs-guerre froide, et ils ont choisi la Chine lors la crise du dÈtroit de Taiwan en 1996.

Nous avons donc continuÈ ‡ financer des Forces armÈes high tech conÁues pour des guerres entre grandes puissances alors mÍme que nous avons passÈ les annÈes 90 ‡ mener essentiellement des opÈrations militaires autres que la guerre, sans haute technologie. Ce qui nous amËne ‡ la situation actuelle : des Forces armÈes capables de renverser 2 ou 3 Saddam par annÈe, mais insuffisantes en personnel, en Èquipement et en imagination face aux dÈfis que nous affrontons aujourdíhui dans la reconstruction de líIrak. Cíest pourquoi líÈtat díesprit du Pentagone est important : il gÈnËre avec le temps la force que nous finissons par utiliser, quíelle soit particuliËrement adaptÈe ‡ la mission ou non. Et lorsquíelle ne líest pas, comme en Irak depuis la fin de la guerre, il est raisonnable díaffirmer que les vies de nos soldats sont mises en danger sans raison.

Pour ce qui est de la sÈparation du monde faite par le livre comme allant de soi, je suis díaccord. Trop de gens avec quelques cours de sciences politiques derriËre eux vont accuser le livre de simplement reprendre la vieille fracture entre les Nantis et les Exclus, ou ñ pire ñ la sÈparation entre Centre et PÈriphÈrie díEmmanuel Wallerstein. MÍme si des similitudes existent, aucune níest logiquement considÈrÈe comme un concept prÈcurseur. Je ne parle simplement pas des riches ou des pauvres, mais de qui est connectÈ ‡ líÈconomie globale ou non ; cíest donc une question díorientation, et non de degrÈ. En ce qui concerne le type de marxisme dÈlavÈ de Wallerstein, il faut se souvenir quíil affirmait que le Centre devait dominer la PÈriphÈrie afin de rester riche. Mon argument est líexact opposÈ. Si quelquíun veut me relier ‡ Wallerstein, il ferait mieux de noter que jíai renversÈ son argument aujourdíhui pÈrimÈ (il a fonctionnÈ quelque temps dans les annÈes 70). Il est donc temps díaller de líavant, dans la thÈorie des relations internationales comme dans la planification au Pentagone.

Pourquoi la globalisation est-elle si nÈcessaire ‡ la cause de paix ?

En bref, la globalisation propage la connectivitÈ. Celle-ci accroÓt les options et les opportunitÈs pour les transactions Èconomiques ‡ tous les niveaux, mais spÈcialement pour les individus. Ces taux de transaction en hausse et ces niveaux croissants de connectivitÈ gÈnËrent la libertÈ de choix, díinformation, etc. Avec le temps, la connectivitÈ a besoin de code, comme mes amis programmeurs aiment le dire, et davantage de rËgles signifie moins de conflits et plus de paix. La globalisation exerce certainement des secousses lorsquíelle síÈtend ‡ des sociÈtÈs traditionnelles, et ce processus va gÈnÈrer de líangoisse sociale, des changements politiques de grande ampleur ainsi que des rÈactions hostiles dans certaines sociÈtÈs. Cíest tout le problËme : alors que la globalisation avance, il faut díattendre ‡ davantage de conflits liÈs ‡ cette avance, parce quíelle met au dÈfi les sociÈtÈs traditionnelles de changer profondÈment ; mais au fil du temps, líeffet durable de cette connectivitÈ est la paix.

Est-ce que le neuf prend líavantage sur le vieux dans ce processus ? Oui. Est-ce que líindividu prend líavantage sur le collectif ? Oui. Est-ce que cíest mauvais ? Seulement si vous pensez cela du progrËs (ou que la vie Ètait meilleure par le passÈ). Dans mon esprit, toutefois, la majeure partie de la rÈsistance ‡ la globalisation ne porte pas sur líorientation, mais la rapiditÈ du processus. Le vrai cri de bataille des forces anti-mondialisation devrait Ítre ´ moins vite ! ª. Bien s˚r, un Ben Laden ou un Al-QaÔda vont combattre la globalisation dans le monde islamique par tous les moyens, parce quíils voient leurs chances de ramener des sociÈtÈs entiËres ‡ leur VIIe siËcle paradisiaque disparaÓtre un peu plus chaque annÈe o˘ la globalisation síimplante dans la rÈgion. Il faut donc síattendre ‡ ce que leur lutte devienne plus dÈsespÈrÈe avec le temps.

Vous affirmez que la Chine níest pas la menace ñ la nouvelle Union soviÈtique ñ que de nombreux conservateurs et ceux du Pentagone ont voulu faire accroire, parce quíelle a trop ‡ perdre sur le plan Èconomique ñ ou mÍme militaire ñ en dÈfiant líengagement amÈricain envers Taiwan et le reste de líAsie du Sud-Est. Comment voyez-vous la Chine dans 20 ans, et pourquoi ?

Je vois le potentiel díun formidable partenariat stratÈgique, si les Etats-Unis ont la sagesse et le courage de faire les compromis nÈcessaires pour gÈnÈrer ce lien. La Chine posera un dÈfi aux Etats-Unis sur plusieurs plans ñ Èconomique, diplomatique, social, et notamment politique Ètant donnÈ la lenteur de sa rÈforme ; mais aucun de ces problËmes ne va nÈcessairement dÈgÈnÈrer en dÈfi militaire, ‡ moins de penser que de nombreux AmÈricains doivent perdre la vie pour dÈfendre une Chine contre líautre. Je peine ‡ accepter ce scÈnario, parce que je continue díobserver une intÈgration Èconomique systÈmatique entre Taiwan et la Chine. Cíest cette inexorable union Èconomique qui alimente les discours politiques tranchÈs de part et díautre, que nous devons gÈrer avec adresse et sans Èmotion. Dans 20 ans, la Chine peut et devrait Ítre un Ènorme partenaire pour les Etats-Unis, cimentÈe dans une alliance de sÈcuritÈ de type OTAN pour líEst Asiatique qui provient de líengagement partagÈ par la CorÈe du Sud, le Japon, la Chine et les Etats-Unis ‡ renverser avec succËs le rÈgime brutal de Kim Jong Il et ‡ rÈunifier la CorÈe.

Vous avez louÈ líadministration Bush pour avoir rÈalisÈ quíune nouvelle vision stratÈgique et un nouvel ensemble de rËgles en matiËre de sÈcuritÈ Ètaient nÈcessaires aprËs le 11 septembre, comme la doctrine díaction militaire prÈemptive, mais vous líavez pris ‡ partie pour ne pas les expliquer au monde de maniËre adÈquate. Comment le feriez-vous ?

LíÈlÈment-clef que nous devons forger, cíest un ensemble de rËgles complet sur la maniËre avec laquelle la communautÈ globale doit traiter des …tats en faillite politique ñ cíest-‡-dire comment nous excluons du pouvoir de mauvais dirigeants avec líapprobation explicite de líensemble des grandes puissances. Nous avons de telles rËgles pour les …tats en faillite Èconomique, mais pas sur le plan politique. Ces rËgles exigeront une organisation internationale spÈcifique, comme le FMI líest pour les t‚ches de rÈhabilitation Èconomique. Je vois cette Èvolution venir beaucoup plus logiquement du G-20 que du Conseil de sÈcuritÈ de líONU, et cíest donc l‡ que je prÈsenterais mes arguments.

Au-del‡ de cette t‚che spÈcifique, cette administration a simplement besoin de mieux síexpliquer dans ses discours et dans sa campagne díÈlection nationale. La conversation doit dÈbuter avec la population amÈricaine elle-mÍme, si nous voulons faire avancer la question. DËs que le public amÈricain aura une idÈe claire de cette administration ñ ou de celle qui suivra ñ quant au cap pris par cette guerre globale contre le terrorisme, nous serons mieux en mesure de nous expliquer devant le monde extÈrieur. Mais tant que nous níaurons pas dÈpassÈ ces mythes pÈrimÈs sur ´ le gendarme planÈtaire ª, ´ la guerre perpÈtuelle ª et ´ líempire amÈricain ª, nous ne pourrons pas mener le dÈbat national nÈcessaire pour mettre sur la table les vraies t‚ches et síy mettre sÈrieusement.

Comment rÈagissez-vous ‡ líargument de Robert Kagan dans son livre Of Paradise and Power, selon lequel ´ il est temps de cesser de faire comme si les EuropÈens et les AmÈricains partagent une vision commune du monde, ou mÍme comme síils vivent dans le mÍme monde ª ? Si líEurope et les Etats-Unis ont une vision fondamentalement diffÈrente de la maniËre díexercer la puissance, comment pourront-ils trouver un accord sur un ensemble de rËgles sÈcuritaires, Èconomiques et politiques que vous jugez ‡ prÈsent nÈcessaire ?

Je pense que nous devons nous concentrer en premier lieu sur une entente avec les puissances du Nouveau Centre (comme je les appelle) et laisser ce processus attirer les EuropÈens au bercail. Je ferais donc díabord avancer les choses avec la Chine, líInde, la Russie, le BrÈsil, etc., ou simplement le groupe des 20+ qui a ÈmergÈ ‡ líOMC des nÈgociations de Doha sur le dÈveloppement. Si nous essayons constamment díavoir les EuropÈens avec nous, nous risquons de manquer les accords et les compromis assurant la profonde coopÈration de toutes ces puissances Èmergentes. Je me concentrerais donc sur le Nouveau Centre et je laisserais líAncien Centre venir ‡ son rythme. LíEurope va rester focalisÈe sur son intÈgration intÈrieure pendant des annÈes, alors que le Japon suivra la Chine o˘ quíelle aille, simplement parce que leurs destins Èconomiques sont tellement entrelacÈs.

Comment líimplique le titre de votre livre, cíest peut-Ítre le Pentagone qui le doit le plus se recrÈer parmi toutes les agences gouvernementales pour cette nouvelle Èpoque. En fait, vous prÙnez une transformation complËte du DÈpartement de la DÈfense comprenant la sÈparation des Forces armÈes en deux composantes ñ une force LÈviathan capable de mener les grandes guerres et une force díAdministration de SystËme qui devrait gÈrer les nations qui sont en voie díÍtre intÈgrÈes au vide. Quelle rÈponse avez-vous obtenue des principaux responsables militaires ‡ qui vous avez communiquÈ cette idÈe ?

Vous seriez surpris du nombre de jeunes amiraux qui rÈalisent non seulement que cette voie est possible et nÈcessaire, mais quíelle se produit dÈj‡ autour díeux. La vraie question est combien de temps il faudra ‡ notre gouvernement pour reconnaÓtre et codifier cette scission du DÈpartement, parce que líessor de la force díAdministration exige vraiment une Ènorme coordination des efforts entre le Pentagone et le reste des institutions de politique ÈtrangËre. En dÈfinitive, la force díAdministration níest que partiellement alimentÈe par le DÈpartement, avec la majoritÈ du personnel venant díailleurs et les ´ gardes du corps ª venant des armÈes.

Mais la vraie rÈponse ‡ la question est celle-ci : lorsque vous changez les opinions des capitaines et des colonels ‡ ce sujet, vous mettez en marche un potentiel de changement dans les 10 prochaines annÈes, parce que cíest le temps quíil leur faut pour monter dans la hiÈrarchie dans la culture ´ plus haut ou dehors ª de nos Forces armÈes. Et líÈchec est ce qui tend le plus ‡ pousser ce changement, par opposition au succËs. Je pense que líÈchec se prÈpare aujourdíhui dans notre occupation de líIrak, et donc que le potentiel de mon concept de force díAdministration croit rapidement au fil des mois. Nous voyons dÈj‡ des propositions issues du Bureau du SecrÈtaire ‡ la DÈfense et de la Maison Blanche, respectivement, pour des ´ forces de stabilisation ª spÈcifiques au sein des Forces armÈes US et pour une ´ force díopÈrations de paix globales ª qui nous engagerait avec díautres armÈes, et donc je vois vraiment cette idÈe avancer et prendre de la vitesse avec les ÈvÈnements en Irak. Mon travail, par consÈquent, consiste simplement ‡ semer les idÈes dans les esprits des futurs amiraux et gÈnÈraux qui en dÈfinitive vont prÈsider ‡ cette profonde transformation.

Est-ce quíil est nÈanmoins rÈaliste de penser que les Forces armÈes amÈricaines peuvent Ítre rÈorganisÈes díune maniËre aussi ambitieuse ? Ce níest pas seulement la transformation díune force issue de la guerre froide, mais la rÈorganisation díune structure crÈÈe voici plus de deux siËcles.

En sÈparant en deux le DÈpartement de la DÈfense, nous ne faisons que revenir ‡ la mÍme articulation quíont connue les Forces armÈes US durant líessentiel de leur histoire ñ cíest-‡-dire un DÈpartement de la Guerre et un DÈpartement de Tout le Reste (ou ce que nous avions líhabitude díappeler le DÈpartement de la Marine). Ma scission LÈviathan / Administration non seulement níest pas nouvelle, mais en plus elle níest pas difficile ‡ imaginer, parce quíelle est bien plus proche de la tradition militaire amÈricaine que les bizarreries imposÈes par cette aberration historique appelÈe guerre froide. Revenez au passÈ et lisez líhistoire de la Marine et du Corps des Marines. Ce que je dÈcris comme Ètant le rÙle de la force díAdministration est en fait líhistoire de ces deux services avant la Seconde guerre mondiale.

Vous considÈrez que propager la globalisation est une mission morale pour les Etats-Unis, et pas simplement une maniËre de rendre líAmÈrique plus s˚re. Cela implique un rÙle accru ‡ líÈtranger, sur le plan militaire et politique. Comment rÈpondez-vous aux accusations quíil síagit simplement de la crÈation ñ mÍme involontaire ñ díun Empire AmÈricain ?

Avoir un empire implique líimposition de rËgles ‡ la fois minimales et maximales, ou non seulement ce que vous pouvez mais aussi ce que vous devez faire. LíAmÈrique nía jamais ÈtÈ attirÈe par líimposition de rËgles maximales, que ce soit ‡ domicile ou ‡ líÈtranger. Líusage de ce terme, empire, relËve tout bonnement díune histoire biaisÈe ñ un simplisme dÈguisÈ en raffinement. De plus, menÈe correctement, cette mÈthode ne nÈcessite pas un effort plus grands des Forces armÈes amÈricaines. VÈrifiez líhistoire des activitÈs militaires US dans líËre de líaprËs-guerre froide, que je dÈcris longuement dans mon livre. Nous travaillons bien trop dur pour gÈrer líenvironnement sÈcuritaire global aujourdíhui, parce que nous ne sommes pas ÈquilibrÈs et nous ne parvenons pas ‡ amener díimportants alliÈs ‡ partager cette vision mutuellement bÈnÈfique. Ce níest pas un effort qui ferait exploser le budget. Il síagit de gÈrer le monde plus intelligemment et de partager cet effort avec díautres, unis par une vision commune. Cíest un plus grand effort sur le plan diplomatique, certes, mais cela ne provoquera guËre de banqueroute vu quíil síagit avant tout de discussions.

De nombreux ÈlÈments dans votre livre rendent nerveux ‡ la fois les gauchistes et les conservateurs, que ce soit une prÈsence militaire accrue dans le monde ou des soldats amÈricains engagÈs activement ‡ líintÈrieur des frontiËres amÈricaines. Quelle difficultÈ aurez-vous ‡ vendre votre vision de líavenir ?

Encore une fois, regardez notre histoire de la fin de la Guerre froide. Nous avons ÈtÈ ÈnormÈment impliquÈs et prÈsent dans tout le Vide que je dÈcris dans le livre. Nous ne parlons donc pas de plus de prÈsence ou de plus díimplication, simplement díun meilleur emploi de nos gens et de nos efforts. Rappelez-vous, le Vide níest pas le monde entier, mais recouvre environ un tiers de líhumanitÈ. Au sein de cette population, nous parlons de 8 ‡ 10 situations qui nÈcessitent une rÈponse militaire ‡ un instant donnÈ, et nous y viendrons ‡ chacune líune aprËs líautre. Mais nous avons passÈ líessentiel des annÈes 90 en Ètant impliquÈs dans 5 ‡ 7 situations de rÈponse majeure dispersÈes autour de mon Vide. Nous sommes donc bien habituÈs ‡ cette charge de travail. En fait, ce sera bien plus facile avec une force rÈÈquilibrÈe plus efficacement autour du Vide (et non du ´ monde ª).

La force díAdministration connaÓtra des engagements bien plus proches des Gardes-cÙtes que des armÈes de la Guerre froide en ´ patrouillant dans les rues ª de líAmÈrique. Elle ressemblera beaucoup ‡ líactuelle Garde nationale de plusieurs faÁons, et le changement ne sera donc pas un gros problËme, ‡ moins díÍtre quelquíun qui imagine les ´ hÈlicoptËres noirs ª de líONU fondre sur lui chaque fois quíil voit un soldat de la Garde nationale ‡ un coin de rue durant une alerte terroriste accrue. Je níai pas vu líAmÈrique paniquer lorsque la Garde Ètait partout pendant la rÈcente Guerre díIrak. Je dis quíil faut davantage se fier ‡ notre systËme politique que se laisser aller ‡ de telles craintes. Orwell continue díavoir tort : la technologie renforce bien davantage líindividu que lí…tat.

The Pentagon's New Map est en dÈfinitive un manifeste optimiste, puisque vous croyer clairement que la paix perpÈtuelle níest pas seulement possible, mais faisable. Quelles sont nos chances de rÈtrÈcir le Vide et de ramener le tiers restant de la population mondiale dans le Centre ?

La globalisation continuera díavancer aussi longtemps que nous ne la bousillerons pas. Par cette avance, elle va gÈnÈrer un Ènorme tumulte dans les sociÈtÈs traditionnelles, qui ‡ son tour va gÈnÈrer Ènormement de violences irrationnelles que nous devrons neutraliser. Le futur que je dÈcris est plutÙt inÈvitable, aussi longtemps que nous ne perdons pas notre calme et notre dÈtermination ‡ affronter les dÈfis sÈcuritaires qui se prÈsentent. Seulement 15 ans plus tÙt, nous passions nos journÈes ‡ síinquiÈter díun Armageddon nuclÈaire global, et maintenant nous sommes tous en train de traquer et de neutraliser des sales types qui pratiquent le terrorisme ou imposent ‡ leur sociÈtÈ une cruelle isolation du monde entier. On pourrait penser que la voie est plus difficile, mais elle ne líest pas. Tous les grands problËmes, comme la guerre entre les grandes puissances, ont ÈtÈ rÈsolus. Nous devons ‡ prÈsent passer aux noix les plus dures craquer, ‡ savoir la violence subnationale et le terrorisme transnational, mais ces problËmes sont bien moindres que les prÈcÈdents. Nous sommes sur le point de mettre un terme ‡ la guerre comme nous líavons connue depuis des siËcles. La guerre interÈtatique devient une guerre de dinosaures, et la globalisation continue de se rÈpandre dans le monde, hissant des centaines de millions de personnes hors de la pauvretÈ en líespace des deux derniËres dÈcennies. Tout ce dont je parle dans ce livre, cíest la maniËre díattirer le tiers restant de líhumanitÈ dans le vie agrÈable que la plupart díentre nous partagent dÈj‡ ñ une vie sans violences massives, une vie o˘ la connectivitÈ Èconomique et la libertÈ individuelle síaccroissent. Cíest un futur qui vaut la peine díÍtre crÈÈ, et il est ‡ notre portÈe.

Texte original: Steven Martinovich, "A vision for the future", Enter Stage Right, 3.5.2004

Traduction et rÈÈcriture : Lt col EMG Ludovic Monnerat


COMMENTARY: The Merovingian had it right in "Matrix: Reloaded": anything in French simply sounds cooler and more sophisticated (as he said of swearing in French: "It's like wiping your ass with silk."). As someone who took French two years in high school in the mid-1970s (whoa Daddy!), it's awfully nice to see myself come off so expertly in the language. More to the point, it's interesting that the Swiss military have so much interest in my work. People assume the Europeans dislike me and my ideas, when the exact opposite is true among the militaries there. I expect to be visiting a lot of Europe in coming months, as the invites continue to pour in. Suffice it to say, seeing this interview in French only makes me want to see PNM in French all the more, but I'm pretty sure that will happen eventually.

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